La Terre est envahie. L’humanité est en danger. Nos corps restent les mêmes, mais nos esprits sont contrôlés. Melanie Stryder vient d’être capturée. Elle refuse cependant de laisser place à l’être qui tente de la posséder. Quelque part, caché dans le désert, se trouve un homme qu’elle ne peut pas oublier. L’amour pourra-t-il la sauver ?
La Terre a été envahie par une race alien qui utilise les corps des êtres humains comme enveloppes et contrôle leur volonté. La majeure partie des humains a été désormais "possédée" par les "invités", mais il existe de petites communautés de résistants dispersées à travers le monde, dont Melanie qui est finalement capturée par les aliens et possédée par un invité. Pourtant, il se passe quelque chose de bizarre : la volonté de Melanie reste forte et intacte et elle parvient à communiquer avec son invité, lui transmettant ses sensations et ses sentiments. La plus grande préoccupation de Melanie est de savoir si son frère Jamie et son petit ami Jarod vont bien et elle se met donc en route vers leur cachette, soutenue par l'invité qu'elle a en elle. Évidemment, les Chercheurs aliens se lancent à ses trousses, déterminés à utiliser Melanie comme appât pour débusquer un nouveau groupe de dissidents.
L'influence qu'a eue "Twilight" sur la littérature jeunesse et le cinéma a été si forte qu'elle a réussi à créer un véritable genre, celui du fanta-romance qui, ces dernières années, a littéralement envahi les étagères des librairies, les grilles de programmes télévisés et les salles de cinéma. Si, pour la plupart, ce genre n'a pas réussi à s'imposer au cinéma en dehors du strict cercle des puristes de "Twilight", avec des échecs retentissants ("Beautiful Creatures") et des succès relatifs et modestes ("Warm Bodies"), Stephenie Meyer revient à la charge avec l'espoir d'un nouveau succès commercial qui pourrait égaler celui de la saga avec Edward et Bella. "The Host", en effet, est l'adaptation d'un autre roman de Meyer ("L'Hôte"), qui investit personnellement dans le projet. Cette fois, pas de vampires ni de loup-garou, mais des aliens, passant de l'horreur à la science-fiction, tout en conservant le goût romantique d'une histoire d'amour vue du point de vue féminin.
"The Host" est pourtant encore moins réussi que "Twilight" et, aussi loin qu'on veuille le distinguer de son prédécesseur, on reconnaît indéniablement la marque de l'auteure qui, malgré les nombreux fans, a un regard incroyablement banal et dangereusement bigot sur le sentiment qui anime le monde. Tout est beau et tout est peint en rose quand on est amoureux, les gentils sont gentils et les méchants sont gentils aussi, les très méchants ont même un moment de rédemption assuré. Et puis viennent les sermons moraux qui oscillent entre le "je veux (faire l'amour) mais ce n'est pas bien", avec des soupirs, des regards languides et des moments continus où, pour citer Freddy Krueger, la bouche de la protagoniste dit non, mais son corps dit (en criant) oui. Évidemment, en contextualisant le tout et en sachant que Meyer a reçu une éducation religieuse mormone stricte, tout s'explique et il est presque fascinant pour l'observateur extérieur de noter comment les croyances religieuses de cette auteure se répercutent sur ses personnages avec des résultats qui tendent à la répression continue de l'instinct et de la passion jusqu'à l'explosion, avec des fantasmes érotiques insistants et suspects de "ménage à trois".
En faisant abstraction du contenu moral des œuvres cinématographiques tirées de Meyer, qui relève en fin de compte de la sphère subjective du spectateur, "The Host" se présente comme un film aux idées intéressantes mal exploitées. L'histoire n'a rien de nouveau, c'est de la science-fiction vieille école qui crie "L'Invasion des corps-robots" à des kilomètres à la ronde, trouvant dans le scénario de l'entité alien qui possède et contrôle les corps humains un nombre fertile de films allant de "Les Envahisseurs" à "J'ai épousé un monstre venu de l'espace" aux remakes/suites de "L'Invasion des corps-robots" ("Terreur venue du fond des espaces", "Ultracorps - L'Invasion continue", "Invasion"), jusqu'à des exemples relativement récents comme "The Faculty" et "The Astronaut's Wife". Le terrain est donc largement exploité, mais "The Host" a le mérite de trouver un point de vue inédit qui est celui de l'alien, ou plutôt de l'humain possédé qui entre en complicité avec le parasite qui le possède. Le dispositif de "The Host" est immédiatement clair et ce "duo d'âmes" qui habitent le même corps est un moyen original de montrer le conflit intérieur de la protagoniste, tiraillée entre l'attirance pour deux hommes et surtout centré sur le conflit entre désir sexuel et répression de celui-ci. Wanda (comme les humains appellent le parasite alien) est la moitié libertine, Melanie celle plus timide et vertueuse, le classique conflit entre le Ça et le Surmoi de tendance freudienne. Le problème est que, si sur papier ce conflit interne peut fonctionner, en images il est difficilement crédible et le généralement bon Andrew Niccol, qui écrit et réalise, n'y est pas parvenu, nous montrant la protagoniste presque schizophrène qui parle sans cesse à elle-même pendant deux heures. La voix intérieure de Melanie est omniprésente et envahissante, utilisée comme un hybride entre une voix narrative et un flux de conscience participatif, avec un résultat agaçant auquel il est difficile de s'habituer.
De plus, le film est terriblement statique, tant au niveau narratif qu'au niveau de l'action. Une grande partie des éléments intéressants de l'histoire se trouvent dans le prologue, puis, une fois que Melanie/Wanda s'est enfuie, tout se réduit à sa participation à la vie sociale du groupe d'humains et à sa histoire d'amour à quatre. La recherche d'une solution, le drame, la chasse des Chercheurs... tout est laissé de côté et minimisé dans de rares et peu efficaces moments d'action et de tension. Il manque complètement de rythme et, incroyablement, il manque même un climax final, de sorte que nous arrivons à la confrontation sans même nous en rendre compte. Il n'y a pas de véritable moment de confrontation/rédemption et la fin ouverte arrive avec une scène laide et sordide qui nous laisse avec un immense "mah!"
C'est dommage pour Andrew Niccol qui est un auteur attentif et très personnel, réalisateur de films comme "Gattaca - La porte de l'univers", "S1mOne", "Lord of War" et "In Time", ainsi que scénariste de "The Truman Show", ici également en tant que scénariste mais visiblement étouffé par une contrainte qui a limité sa liberté d'adaptation, vu que "The Host" avec sa poésie de société dystopique n'a pas grand-chose à voir. Grand gâchis aussi pour les acteurs, puisque la très talentueuse Saoirse Ronan ("Amabili resti", "Hannah") pourrait définitivement aspirer à mieux et la méchante Diane Kruger ("Troy", "Unknown") est adaptée au rôle mais a trop peu d'espace. Mieux vaut se taire sur Max Irons, fils du célèbre Jeremy, inexpressif jusqu'à la moelle et ici engagé dans le rôle du beau aimé par la protagoniste, enfin pour la série "nouveau Pattinson recherché".
Mieux vaut rester à l'écart de "The Host", donc, un film de science-fiction qui ne va pas au-delà d'une idée de départ attrayante, pour le reste c'est un flux de mots ennuyeux sans rythme et sans réel mordant qui nous dit encore une fois à quel point "Twilight" a fait du mal au paysage du cinéma fantastique.
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