Adam, la créature de Frankenstein, a survécu jusqu'à aujourd'hui, grâce à une anomalie génétique survenue lors de sa création. Son chemin l'a mené jusqu'à une métropole gothique et crépusculaire, où il se retrouve pris par une guerre séculaire sans merci entre deux clans d'immortels. Adam va être obligé de prendre parti et de s'engager dans un combat aux proportions épiques.
À la suite de la mort de son créateur, le Monstre de Frankenstein décide de transporter le cadavre des glaces polaires vers le nord de l'Europe pour lui donner une sépulture digne. Mais alors qu'il tente de creuser une fosse pour son "père", le Monstre est intercepté par un groupe de démons qui veulent s'emparer du journal de Victor Frankenstein. Un saut temporel de près de deux siècles et nous trouvons le Monstre, rebaptisé Adam, en train de combattre les démons, commandés par Naberius, aux côtés des Gargouilles qui veulent empêcher les forces du mal de régner sur la Terre. Naberius, en effet, a un plan : créer une armée de morts-vivants. Et pour réussir dans son entreprise, il a besoin du journal de Frankenstein afin de découvrir le secret de la résurrection.
C'était en 1818 que "Le Prométhée moderne", ou "Frankenstein", comme il est devenu connu par la suite, le roman d'esordio d'une jeune fille de dix-neuf ans, Mary Shelley, né presque par jeu lors d'un week-end de tempête, comme le raconte efficacement le film "Gothic" de Ken Russell. C'était en revanche en 1931 que James Whale dirigeait avec grande inspiration le chef-d'œuvre de la Universal "Frankenstein" avec un époustouflant Boris Karloff dans le rôle du Monstre, conditionnant à jamais la représentation iconographique de la Créature. Celle de Frankenstein est donc une histoire immortelle qui se trouve à la base du récit gothique/horreur, reprise et réélaborée de toutes les manières, de celle de la comédie de "Le cerveau de Frankenstein" et "Frankenstein Junior", à celle de la weird/fantascientifique de "Frankenstein à la conquête de la Terre". Mais aujourd'hui arrive en grande pompe une nouvelle et ultérieure variation sur le thème qui porte le titre de "I, Frankenstein" et la signature de l'australien Stuart Beattie, déjà auteur du flop "Le lendemain qui viendra".
Oubliez tout ce que vous savez sur la Créature de Frankenstein et tout ce qui a été fait de bon au fil des ans pour rendre ce personnage une icône de l'imaginaire horrifique. Tabula rasa, s'il vous plaît. Parce qu'avec "I, Frankenstein" on nous demande avec un peu d'arrogance d'accepter un personnage et une histoire qui heurtent de manière fin trop violente ce qui fait partie de notre bagage culturel. Le Monstre de Frankenstein, en tant que "monstre", est une créature repoussante et grotesque, un cadavre réanimé synthèse de différentes parties d'autres corps morts cousus ensemble ? Bien, ou plutôt mal. Ici, le "monstre" de Frankenstein est un beau gosse avec les traits d'Aaron Eckhart, musclé et bodybuildé, ne se prive pas de montrer ses abdominaux dès qu'il en a l'occasion et pour justifier son statut de "monstre" on lui a collé quelques cicatrices sur le visage et le corps qui le rendent encore plus macho. Quelque chose sent déjà le brûlé, n'est-ce pas ?
Liquéfié le lien avec l'histoire que nous connaissons tous dans un prologue qui ne promet pourtant pas si mal, commencent les délires sans imagination qui racontent de la guerre habituelle entre le Bien et le Mal qui se déroule sur la Terre et dont les humains sont ignorants. Le Mal est représenté par des démons qui ont des traits humains, des industriels et des hommes d'affaires en costume-cravate, et lorsqu'ils se révèlent, ils ont des masques ridicules de Halloween qui rappellent beaucoup les démons low-budget qui ont peuplé et peuplent les écrans télévisés dans les séries fanta/horreur comme "Buffy", "Charmed" ou "Supernatural". Parmi les rangs des gentils, il y a les Gargouilles, les monstres de pierre qui ornent les constructions gothiques européennes, qui ici sont une sorte de gardiens paradisiaques de matrice archangélique qui ont eux aussi des apparences humaines et, le cas échéant, monstrueuses et sont rassemblés dans une hiérarchie monarchique dirigée par la Reine des Gargouilles Miranda Otto.
Bref, nous nous comprenons, n'est-ce pas ?
"I, Frankenstein" est un film issu de la génération des films modernes de super-héros, mélangé à ces atmosphères ultra-dark de productions comme "Underworld" (et en effet, les producteurs et l'un des scénaristes sont les mêmes que ceux du film de Len Wiseman) et farcis d'une esthétique ultra-pop et faussement classique comme "Van Helsing". Mais le problème est que "I, Frankenstein" parvient à capturer le pire de tous les produits dont il est influencé, se révélant comme un film dépourvu de toute originalité narrativo-esthétique, voulant en faire trop avec des effets spéciaux médiocres et ennuyeux dans son manque d'une histoire capable d'impliquer le spectateur.
Exempt de toute touche de personnalité artistique, "I, Frankenstein" est le classique film jetable que l'on oublie avec grande facilité juste après l'avoir vu et le souvenir ne contribue pas non plus au casting, particulièrement mal assorti. Sur
Arron Eckhart, il vaut mieux passer, tant il est hors partie et franchement ridicule au seul pensée qu'il s'appelle Frankenstein (en fait Adam Frankenstein, ce qui est plus macho et juvénile), Bill Nighy interprète avec le pilote automatique le méchant Naberius qui n'est autre que le même personnage identique qu'il interprétait dans "Underworld", Mirando Otto est celle qui s'engage le plus et probablement avait en tête "Le Seigneur des anneaux" lorsqu'elle se préparait pour ce rôle, puis il y a aussi Jai Courtney, qui, si on lui enlève le rôle de voyou qu'il avait dans les vêtements de McClane Jr. dans "Die Hard - Un bon jour pour mourir", ne montre que sa méchanceté.
Ah, puis il y a un détail curieux à évaluer. "I, Frankenstein" est l'adaptation d'une bande dessinée éponyme de Kevin Grevioux. L'auteur de la bande dessinée est scénariste, producteur et interprète également du film (c'est le type de couleur qui ici fait la garde du corps de Naberius et interprétait le Lycan dans "Underworld"), mais avec un mouvement qui n'est pas facile à interpréter, ce film n'a absolument rien à voir avec l'œuvre papier. La bande dessinée parlait d'un monstre de Frankenstein (qui était vraiment un monstre et avait des traits karloffiens) devenu détective privé dans une métropole des années 1940 et confronté à des affaires criminelles qui avaient au centre des saignements vampiriques. Et il y a aussi d'autres monstres de la tradition classique, du Bossu de Notre-Dame à l'Homme invisible, en passant par Dracula.
Ainsi aurait pu être amusant...
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