MASKS
juillet 28, 2011
Stella, ambitieuse comédienne étudiante, est acceptée à la mystérieuse école Mateusz Gdula. La fondatrice de cette école s’est suicidée quand ses méthodes particulières d’apprentissage ont été interdites, suite à la mort de plusieurs étudiantes dans les années 70. D’étranges évènements se déroulent dans l’aile abandonnée de l’école, et Stella pense que la méthode Gdula est toujours enseignée. Elle va tenter d’y participer à tout prix…
Réalisateurs
Distribution
Equipe
Production:
Tim Luna (Producer) — Gertjan Rooijakkers (Executive Producer)
Scenario:
Andreas Marschall (Writer)
Musique:
Sebastian Levermann (Music)
Photographie:
Sven Jakob-Engelmann (Director of Photography)
CRITIQUES (1)
L'actrice Stella, après avoir été refusée dans de nombreuses académies d'art dramatique, est acceptée à l'École Matteusz Gdula de Berlin. Fondée au début des années 70, l'École Gdula s'est forgé une réputation particulière au fil du temps en raison de la méthode de jeu d'acteur excentrique et controversée de son fondateur, qui implique une identification totale au rôle interprété. Après une série de suicides inexpliqués impliquant précisément des étudiants de Gdula, la "méthode" a été interdite et depuis, elle est devenue une sorte de légende, jusqu'à ce que Stella constate que dans l'école où elle a été acceptée, elle est encore enseignée. La jeune fille ne se sent pourtant pas à l'aise, surtout à cause de la réticence de ses camarades de cours. Seule Cécile semble l'approcher avec amitié, mais quand la jeune fille disparaît mystérieusement, Stella décide de la chercher, convaincue que son amie se cache dans un lieu secret de l'école... peut-être derrière cette porte qui mène à l'aile désaffectée du bâtiment.
Qu'est-ce qu'un acteur ? Une personne au service des histoires et des personnages qu'il doit interpréter, un "caméléon" capable de changer de couleur au moment où on lui demande de devenir autre chose, un simulacre prêt à contenir tant de personnalités différentes. L'acteur doit être prêt à se sacrifier pour l'art, pour la représentation, à laquelle il doit être disposé à consacrer tout son être, à donner son sang. Partant
littéralement de ces présupposés, l'Allemand Andreas Marschall écrit et dirige "Masks", une lecture intelligente et complexe du rôle de l'acteur au théâtre (et au cinéma).
Si l'acteur est celui qui consacre âme et corps à la représentation, il doit être prêt à la dépersonnalisation, à la cession de son identité et de son intégrité — physique et psychologique — à la cause de l'art, il doit porter continuellement des masques, en somme, et vivre d'autres vies. C'est pour cela que la "méthode" Gdula, dont on mythifie dans "Masks", a été interdite, précisément parce qu'elle fonctionnait incroyablement et que l'identification totale des acteurs à leurs personnages avait des conséquences terribles sur leur psyché et sur leur corps, allant jusqu'à des actes extrêmes comme le suicide et le sacrifice total à la "cause". Bien sûr, la méthode fictive Gdula pour être aussi efficace était "aidée" par des drogues, des hallucinogènes et des substances psychotropes en particulier, mais nous étions
au début des années 70 et la contre-culture de l'époque favorisait ces tendances. Mais de quelle manière et avec quels effets cette méthode particulière de jeu de théâtre survit-elle de nos jours ?
C'est l'une des nombreuses questions que Marschall pose au spectateur pour faire avancer sa thèse méta-artistique, qui n'est pas seulement "méthode", mais aussi âme, parce que "Masks" n'est pas seulement une nourriture pour le cerveau mais aussi pour le cœur.
Andreas Marschall, qui en 2004 avait réalisé le bel'horreur à épisodes "Lacrime di Kali", est un fervent passionné de cinéma italien de genre, surtout celui des années 70. Alors il nous l'a démontré avec une série de subtiles citations à Fulci, Argento et Bava, aujourd'hui avec "Masks" il nous le confirme en portant à la scène un acte d'amour pour le thriller à l'italienne de cette époque et à Dario Argento en particulier. Le prologue sert immédiatement à contextualiser une époque qui sera d'un utile référence, situé précisément au début des années 70 et visant à nous montrer les effets dramatiques de la "méthode" sur certains étudiants, avec une utilisation savante de la photographie qui reproduit à la perfection les couleurs chaudes et l'image pâteuse des
films de l'époque. Ensuite, c'est un constant référence au thriller à l'italienne avec une plus qu'évidente clin d'œil à "Suspiria" de Dario Argento, donnée par des solutions visuelles et des choix narratifs (la rencontre fugace avec l'étudiante qui fuit l'école, le double meurtre initial, les mystères de l'école, la rivalité entre étudiants et bien plus).
Marschall a réussi à saisir mieux que quiconque avant lui (seulement le Français "Amour" pourrait lui donner du fil à retordre à ce sujet) la véritable essence de ce cinéma, les atmosphères, les belles musiques (composées par Sebastian Levermann en gardant à l'esprit Stelvio Cipriani), les couleurs et la chorégraphie des crimes, tous impressionnants et incroyablement cruels et dans au moins deux cas probablement inspirés de "Murderock — Uccide a passo di danza" de Fulci. "Masks" est pourtant bien plus qu'un contenant de citations et un hommage affectueux à un cinéma qui plaît, c'est un film réellement complexe et nullement banal, capable d'une réflexion profonde et si l'on veut sarcastique et critique sur l'état de l'art et sur ce qui est
metaforiquement utile de faire pour l'atteindre.
Une louange est due également au casting du film, composé presque exclusivement de jeunes acteurs de théâtre recrutés par le réalisateur pour rendre leur rôle le plus réaliste possible, et en particulier pour la débutante Susen Ermich qui interprète la protagoniste Stella, belle et talentueuse, capable de rendre extrêmement crédible un personnage réellement difficile et dans certains cas extrême.
Marschall donne vie avec "Masks" à un véritable joyau du cinéma de genre, un film dont on avait besoin à une époque de réévaluation continue du vintage, une œuvre qui vit sans et surtout hors de sa dimension cinéphile.
À récupérer absolument !
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