Roberto Giacomelli
โขMarco, un trentenaire romain, se rend à Naples pour une excursion de plaisir. Après avoir rencontré sa cousine Elena, Marco est victime d'un vol à la tire où on lui dérobe une chaîne avec un crucifix décoré de sept gemmes qu'il portait autour du cou. L'homme semble immédiatement très agité et sa seule préoccupation est maintenant de récupérer le crucifix, car le précieux bijou est le seul remède à une malédiction qui le tourmente depuis sa naissance : seulement avec le crucifix autour du cou, Marco peut éviter de se transformer en loup-garou les nuits de pleine lune. Pour retrouver l'objet, Marco contacte la pègre locale jusqu'à arriver à un receleur de marchandises volées : son précieux crucifix est fini à Rome.
Un célèbre dicton napolitain dit "Vois Naples et puis meurs", une affirmation plus que appropriée pour les personnages qui entrent en contact avec le fameux "Loup-garou romain à Naples" protagoniste du symbole du trash-cult horrifique par excellence : "La Croix aux sept pierres". Connu aussi sous le titre significatif "La Camorra contre le loup-garou" (sic!) c'est probablement le film qui résume à lui seul toute l'essence du trash, un horreur qui ne ferait pas peur même à un bébé, un film rempli de nombreuses scènes comiques involontaires, avec des effets spéciaux si déments et pauvres qu'ils arrachent plus d'un rire; en somme, un film si mauvais et maladroit qu'il suscite de la pitié.
"La Croix aux sept pierres" part déjà d'un sujet délirant qui difficilement, même raconté en deux mots, pourrait être pris au sérieux; un lycanthrope qui doit affronter une bande de camorristes pour récupérer un petit objet précieux est vraiment une idée biscornue qui se prêterait plus à une comédie avec Enzo Cannavale, plutôt qu'à un horreur qui se fixe quand même l'objectif de faire peur. Les effets spéciaux sont d'une ingénuité désarmante: des transformations en lycanthrope réalisées avec un fondu comme on faisait dans les années 1940; un ventre explosé rendu avec un ballonnet évident rempli de sauce tomate et même une séquence sordide de body melt... sans parler de quelques explosions à la fin et des cadres soudains et intrus qui montrent des visages monstrueux clairement volés à un autre film.
Sur le look du loup-garou ensuite il faudrait étendre un voile de pitié: une fois transformé en lycanthrope Marco apparaît nu comme un ver avec un masque de fourrure qui lui couvre la partie supérieure du visage style lutteur mexicain, une perruque qui simule une chevelure fluente et brune et des gants qui reproduisent des pattes griffues pour couvrir les mains. Puis il y a une question que tout le monde s'est sûrement posée en regardant le film: pourquoi Marco, une fois transformé, est complètement nu et après être revenu normal a magiquement tous ses vêtements sur lui, propres et repassés? Eh bien, évidemment il y a des choses que les êtres humains ne sont pas autorisés à savoir!
Le scénario en plusieurs points semble improvisé, tant que souvent le film semble presque incapable d'avancer et s'appuie sur des dialogues comicissimes (pour la plupart des saynètes ridicules de farce napolitaine qui se concluent ponctuellement par des gros mots) et sur la totale incapacité de l'acteur principal, un inoubliable Eddy Endolf (en réalité le même réalisateur Marco Antonio Andolfi) digne d'un oscar du trash. Ici et là sont aussi insérées des séquences de messes noires et d'orgies sataniques pour clarifier le passé du protagoniste et l'origine de sa malédiction, des flashbacks qui atteignent leur apogée dans la scène où le petit Marco (debout dans son petit lit, qui curiose derrière les barreaux comme un prisonnier) fait la connaissance de son père démon-lycanthrope, un type piégé dans un costume poilu qui le fait ressembler à un hybride entre une des singes de "Le Planète des Singes" et le velu Chewbacca de "Star Wars".
La copie du film analysée est même la director's cut, c'est-à-dire la version remontée par Andolfi, réalisateur de ce tant attendu chef-d'œuvre. Dans cette version le film s'intitule "Talisman" (mais nous aimons nous en souvenir toujours et quand même "La Croix aux sept pierres") et dure quelques minutes de plus car le réalisateur a inséré en ouverture, en clôture et dans une longue séquence onirique au milieu du film, des extraits inutiles, ennuyeux et plutôt irritants dans le style "national geographic" dans lesquels sont montrées des images de guerre, des éruptions volcaniques, des enfants du tiers monde et diverses images à effet comme pour souligner le fait que tous les maux de l'humanité ont une connexion avec la malédiction du loup-garou; en somme, des idioties plus qu'évitables.
Si évalué sous une optique objective et un réel sens de la valeur esthétique, "La Croix aux sept pierres" est ce que le cinéma peut offrir de plus atroce: scénario inexistant, dialogues de blague, acteurs improvisés, réalisation de débutant, effets spéciaux de supermarché et tant de ridicule involontaire. Si par contre on évalue ce film sous une optique purement trash, alors on a affaire à un chef-d'œuvre absolu, capable de faire passer au spectateur 90 minutes de rires assurés.
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