Charles Deaver est un millionnaire excentrique resté horriblement défiguré suite à un accident de voiture. Pour remédier aux brûlures évidentes qui couvrent une grande partie de son corps, Charles contacte le scientifique Nathaniel Leech qui semble avoir trouvé un sérum capable de régénérer les tissus humains. Mais le sérum, comme tout autre objet médical, peut comporter des effets secondaires : s'il est utilisé en excès et sans le soutien de microprotéines appropriées destinées à satisfaire l'impulsion nutritive croissante, le sérum peut causer une accélération et une distorsion du processus de métamorphose. Pour tester l'efficacité du produit, Charles Deaver fait injecter une quantité considérable de sérum au docteur Leech avant de l'enfermer dans les sous-sols d'un hôpital abandonné. Le résultat ne sera pas celui escompté et Nathaniel Leech, bientôt, se transformera en une créature affamée et repoussante.
Ludwig Feuerbach, fondateur de l'athéisme philosophique du XIXe siècle et figure de proue au sein de la Gauche hégélienne, élabore en 1862 une théorie des aliments profondément philanthropique dans laquelle était exprimée une maxime destinée non seulement à devenir le pivot de toute sa pensée mais aussi à marquer l'histoire de la philosophie du XIXe siècle : "L'homme est ce qu'il mange !"
Jamais il n'y eut d'affirmation plus véridique pour Randy Daudlin qui écrit et dirige cette œuvre savoureuse prête à transformer en sauce horrifique la pensée philosophique susmentionnée. La théorie de Feuerbach, en effet, sert de point de départ narratif pour l'évolution d'un monster movie vieux style savoureux qui voit défiler sur scène une créature impliquée dans une métamorphose rapide et contrainte de prendre les apparences de ce qu'elle engloutit pendant tout le laps de temps où le processus de transformation n'est pas achevé. Nous aurons ainsi l'occasion d'admirer un être métis intéressant à mi-chemin entre un homme, un chien mais surtout un rat. Oui, parce que ce qui peut être tranquillement considéré comme l'attraction principale du film n'est autre qu'un homme-rat sanguinaire qui rôde dans les sous-sols d'un immeuble abandonné avec l'intention de se nourrir de quiconque passe à sa portée. Mais oubliez les rongeurs loquaces et aux culottes rouges que nous a fait connaître Walt Disney, oubliez ce petit rongeur nommé Gigio qui a enchanté des millions d'enfants avec son "Mais qu'est-ce que tu me dis là !", l'homme-rat de "Bottom Feeder" est une créature répugnante et visqueuse qui semble sortie d'une vieille production de série B des années 80 et réalisée, pour rendre le tout encore plus fascinant, avec d'excellents effets de maquillage old style qui ne cèdent jamais la place aux effets en infographie numérique inconfortables mais tant convoités.
Au-delà d'intelligentes, bien que inhabituelles, références à des concepts philosophiques et au-delà d'un méchant particulièrement inspiré, on ne peut pas dire que ce "Bottom Feeder" soit capable de se distinguer de la masse pour d'autres mérites particuliers. Il s'agit en effet d'un film d'horreur de survie commun avec un nombre limité de malheureux enfermés dans les sous-sols du bâtiment et contraints de courir d'un couloir à l'autre pour échapper à la furie meurtrière impitoyable de la créature. Un film dont la structure narrative est connue et ne diffère pas de nombreuses autres, vrai, mais ce n'est pas une raison pour ignorer et/ou snobber le film car il réussit parfaitement à atteindre l'objectif unique qu'il s'était fixé : divertir le spectateur en le divertissant pendant une soixantaine de minutes.
Il est difficile de se distraire, de s'ennuyer et de ne pas être impliqué par l'itinéraire narratif du film car à la base du projet se trouve un scénario qui n'est pas en acier (quelques stéréotypes de trop et quelques banalités ici et là) mais particulièrement fluide et garni de quelques dialogues pétillants, destinés à faire un clin d'œil avec grâce à la comédie, capables d'apporter un peu de piment à toute l'histoire.
Convincante apparaît également la distribution, dans laquelle il est possible de reconnaître un Tom Sizemore ("Strange Days", "Saving Private Ryan") en bonne forme, tout comme la réalisation et le département grandguignolesque qui ne hésite pas à montrer des décapitations, des mutilations et des arrachages de mâchoires.
La seule note négative peut être trouvée dans un manque de soin pour la photographie qui, au lieu de privilégier des chromatismes particuliers, qui auraient sans doute été bénéfiques pour le résultat final, se laisse aller à des résolutions plutôt plates et tendant au télévisuel.
Mais en conclusion, ce "Bottom Feeder" se révèle être une production de série B savoureuse et insouciante sans aucune prétention en dehors du divertissement.
Pour nous, l'objectif est atteint !
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