Trois amis décident de s'offrir un week-end de fin d'été ensemble avant de se séparer pour le collège et se dirigent vers le Mexique, un lieu où le sexe et la drogue semblent particulièrement accessibles à tous. En effet, selon les conquêtes rapides et le trip dû aux champignons, le choix semble avoir été judicieux, mais Phil, le plus naïf du trio, est séduit et enlevé par une bande de trafiquants de drogue adeptes d'une forme extrême de la Santería, un culte particulier qui implique l'utilisation de la magie noire et des sacrifices humains pour des rituels propitiatoires. Les deux amis, avec l'aide de Valeria, une fille rencontrée dans un bar à strip-tease, et Ulises, un policier qui s'est déjà confronté aux adeptes, tenteront de sauver Phil de son destin tragique.
Ce mini-filme d'horreur qui décrit les mésaventures de jeunes touristes américains dans des lieux apparemment de rêve mais en réalité remplis de mortelles hostilités s'enrichit d'un nouveau titre, "Borderland - Ligne de front". Ce filon semble avoir des racines plus stables dans les années 1970 avec des exemples de grande qualité comme le magnifique mais peu connu "Le monstre de la route de campagne" qui racontait le voyage d'incubus de deux étudiantes américaines dans les campagnes françaises, jusqu'à aujourd'hui et à une nouvelle envie de raconter des histoires qui associent le tourisme jeunesse à l'horreur. On peut facilement citer plusieurs titres, de qualité ou non, comme les deux "Hostel", "Turistas", "Wolf Creek", "Rovine", "Repas humain" et l'imminent "And Soon the Darkness" qui clôturerait un cercle hypothétique, puisque c'est un remake de "Le monstre de la route de campagne". "Borderland" entre de droit dans cette catégorie en immergeant dans un lieu mexicain utopisé comme paradisiaque trois étudiants américains avides des deux désirs classiques que le cinéma place parmi les priorités de chaque jeune yankee : le sexe et la drogue. Évidemment
le plaisir initial est immédiatement suivi d'horreurs innommables, efficacement anticipées dans le long et impressionnant prologue, qui cette fois-ci se déplacent vers le côté magie noire.
Il y a beaucoup à théoriser sur cette tendance renaissante (mais en fin de compte jamais vraiment éteinte) du cinéma d'horreur américain de catalyser l'horreur au-delà des frontières nationales, montrant comment le pays multiethnique par excellence parvient à représenter avec une quasi-xénophobie l'inconnu qui se cache au-delà de la ligne de front. Ce sont les années des otages américains au Moyen-Orient et de la peur du terrorisme international, de la chronique du tourisme sexuel et de l'horreur qui se cache sous les faux-semblants de la quotidienneté autre et qui surprend sans préavis. Naturellement, le cinéma de genre aime victimiser, tourmenter, déchirer et tuer des jeunes avides d'excès, toujours pour ce moralisme désormais caractéristique qui est devenu une caractéristique indispensable du genre, indépendamment du filon avec lequel on a affaire. À partir de ces ingrédients, qui ont certainement une base socio-culturelle adaptée aux temps actuels, se développe ainsi ce micro genre intéressant qui puise souvent dans la véritable chronique noire pour
faire peur aux spectateurs.
En effet, c'est d'une histoire vraie que naît ce "Borderland", film sorti de l'édition 2007 de l'After Dark Horrorfest, qui s'inspire d'une affaire qui en 1989 vit un culte dirigé par Adolfo De Jesús Constanzo, un criminel à la tête d'un important trafic de drogue à Matamoros et qui s'était créé un petit empire en pliant les esprits de ses adeptes, poussés à exécuter des rituels périodiques de sacrifices humains pour garantir leur succès. Ce n'est qu'après la disparition d'un jeune touriste américain que la police a démantelé et conduit Constanzo au suicide. De plus, lors d'un des contrôles que la police effectuait à l'époque à la frontière avec les États-Unis, Zev Berman, le réalisateur de "Borderland", a été impliqué, ayant donc été témoin indirect de l'affaire qu'il a maintenant voulu raconter au public.
"Borderland" se présente très bien : formellement impeccable, bon rythme et surtout il a la capacité de ne jamais tomber dans le banal et la facilité de copier malgrè le sujet qui l'aurait facilement permis. Les personnages qui peuplent ce film, en effet, sont ce que l'on peut imaginer de plus vu, du jeune coureur de jupons et débauché à celui timide, sensible et avec des valeurs chrétiennes, mais surprenamment le scénario de Berman lui-même, en collaboration avec Eric Poppen, parvient à rendre plus humains et crédibles tous les stéréotypes qui peuplent le film, peut-être avec les seules exceptions du policier vengeur, trop peu approfondi, et du leader de la secte Santillan, peu charismatique pour le rôle important qu'il a. Donc, nous n'aurons pas les personnages stupides habituels qui peuplent souvent ces films et dont le sort n'intéresse pas le spectateur, mais des personnages bien développés qui parviennent à faire aimer à ceux qui suivent l'histoire.
L'évidente condescendance initiale envers le prototype "Hostel" s'atténue heureusement rapidement et "Borderland" prend ainsi une identité propre qui parvient même à être originale, surtout en ce qui concerne la menace qui plane sur l'intrigue, déjà parce que des narcos avec l'habitude des sacrifices humains rituels n'est pas quelque chose que l'on voit tous les jours dans un film et Berman parvient également à exploiter l'idée à bon escient en centrant l'ensemble de l'histoire sur celle-ci
sans sous-histoires qui pourraient détourner l'attention.
Excellente la photographie de Scott Kevan, qui privilégie les couleurs chaudes et dénaturalisées afin de valoriser les paysages mexicains déjà suggestifs. Satisfaisant aussi le département "effets spéciaux", pas trop exagéré en sang et en tripes mais plutôt orienté vers un réalisme efficace qui parvient à être impressionnant.
Le casting est composé principalement de visages télévisuels avec quelques visages connus comme Sean Astin (l'hobbit "gros" de la trilogie "Le Seigneur des Anneaux" ainsi que protagoniste du cult "Les Goonies") engagé dans un rôle inédit de méchant.
"Borderland" est donc un film à récupérer, capable de traiter avec une touche d'originalité un thème largement abusé ces dernières années comme celui de l'"horreur touristique", ici mélangé au satanisme et une touche de torture porn (qui se vend toujours bien).
Supérieur à ce que l'on pourrait s'attendre en lisant le synopsis.
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