Années 1960. Anna, une jeune femme enceinte, est engagée pour faire les derniers nettoyages à l'orphelinat de Saint Ange, prochain à fermer. En plus d'elle, les seuls habitants de l'édifice sont une cuisinière et Judith, une jeune orpheline qui a grandi à Saint Ange et qui souffre de troubles mentaux. À son arrivée, Anna avait été avertie par une enfant de se méfier des "enfants qui font peur" et bientôt la jeune femme sera témoin de étranges apparitions et de bruits inquiétants. Après quelques enquêtes, Anna découvrira que l'orphelinat, dans le passé, a été le lieu de décès mystérieux d'enfants. Mais pourquoi ces présences inquiétantes peuplent-elles encore le monde des vivants ?
Surfant sur la vague du succès international des ghost stories, les Français empruntent également la (presque) facile voie de ce filon horrifique très exploité. Les modèles sont naturellement les classiques britanniques et américains comme "Suspense" et "The Haunting", mais dans "Saint Ange" on respire davantage un climat oppressant et inquiétant plus proche du goût moderne, représenté par les récents travaux de l'école espagnole (de Balaguerò à Plaza), sans oublier l'essentiel "The Others" dont il tire l'atmosphère raffinée et la particulière raffinerie esthétique. Donc "Saint Ange" n'a rien de nouveau à montrer au spectateur : c'est l'essentiel bâtiment hanté, savamment rendu inquiétant par une excellente photographie qui alterne la froideur et l'asepsie aux couleurs chaudes de l'ambiance automnale ; il y a des secrets cachés dans le passé qui réapparaîtront inévitablement pour tourmenter les esprits (et les corps) de ceux qui habitent le présent ; et il y a eux, les enfants, désormais présence fixe dans chaque ghost movie qui se respecte. Malheureusement, les rebondissements liés aux "secrets" que cache Saint Ange sont prévisibles et ne possèdent pas un mordant particulier digne d'être retenu ; de plus, les présences qui hantent l'orphelinat se manifestent rarement et de manière peu inquiétante (à l'exception du prologue réussi), laissant un goût amer dans la bouche du spectateur qui espérait se laisser emporter par quelques frissons sains.
Une note positive est représentée par la caractérisation des personnages principaux, représentés par Anna (une magnifique Virginie Ledoyen) et l'instable Judith (une bonne Lou Dillon) : la première est une jeune femme mais chargée d'expérience, restée enceinte après un événement mystérieux (mais quelques flashbacks brefs permettent de deviner un viol collectif) qui tente de masquer son péché, considéré comme tel par une société bigote reflet de la périphérie européenne de l'après-guerre ; la seconde est un individu abstrait, corps de femme et esprit d'enfant, avantage de la connaissance et de l'inconscience de la posséder.
L'aspect technique et formel du film est incontestable : déjà citée la photographie suggestive, mais le montage et la musique sont également valables, la réalisation de l'esordiente Pascal Laugier, auteur également du scénario, est appréciable ; ce dernier ne satisfait cependant pas, car à des passages peu clairs, qui auraient mérité un approfondissement plus grand, s'alternent des passages peu fluides qui ralentissent brusquement le rythme du film, le rendant, surtout dans la partie centrale, excessivement lent.
Le résultat est indéniablement agréable, mais des prémisses, on pouvait et devait s'attendre à quelque chose de plus, au lieu de cela "Saint Ange" se perd anonymement dans le secteur désormais encombré des ghost movies.
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